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Note de QSF pour la « Stratégie nationale de l’enseignement supérieur » du 21 mai 2014

  • http://www.qsf.fr/category/actualites/

    Préambule

    La formule « la réussite pour tous » semble être devenue le seul mot d’ordre de l’enseignement supérieur. Elle tient souvent lieu de cap et relègue au second plan tout rappel des missions historiques de l’université : élaboration de nouvelles connaissances, transmission des savoirs, formation critique des esprits. Rétablir les conditions scientifiques et pédagogiques qui permettraient aux enseignants-chercheurs et aux étudiants de profiter des perspectives de maturation intellectuelle et professionnelle que devrait offrir une vraie université publique est pour QSF un préalable à toute réflexion sur les stratégies de l’enseignement supérieur

    De la « réussite pour tous » ou de la remédiation pour tous ?

    Pour qu’il y ait une réussite réelle il faudrait d’abord que l’université redevienne le lieu de formation de tous ces étudiants qui aujourd’hui privilégient de plus en plus nombreux les formations sélectives privées ou publiques. L’université a vocation à accueillir en son sein aussi les meilleurs étudiants de l’enseignement secondaire et pas seulement ceux qui la choisissent par défaut ou pire encore parce qu’ils croient que les diplômes y sont bradés. Le brassage pédagogique qu’impliquerait le retour dans les universités de nos meilleurs bacheliers stimulerait les uns et les autres. Or nous constatons aujourd’hui que la plupart des étudiants qui ont réussi leur parcours dans l’enseignement secondaire fuient une université qui est devenue dans les premiers cycles le lieu de remédiation de tous les échecs de l’enseignement. Dans ces conditions, la « réussite pour tous » n’est ni possible ni souhaitable. Elle n’est qu’une opération cosmétique pour dissimuler l’échec de tout le système de l’enseignement.

    Notre système universitaire souffre en effet d’une contradiction, paresseusement admise, qui consiste à déplorer l’échec à la fin de la première année du premier cycle et à interdire la sélection à l’entrée de l’université. Il est pourtant évident que l’absence de sélection est préjudiciable à la réussite des étudiants issus des classes les moins favorisées.

    Le droit donné à tout bachelier d’entrer à l’université, sans qu’une orientation bien conçue lui ait été proposée, a pour effet de dévaloriser d’emblée la voie universitaire par rapport aux autres voies de l’enseignement supérieur. Une bonne orientation est l’une des conditions pour réduire la sélection par l’échec, qui frappe chaque année plus de 150 000 étudiants, et pour arrêter la dévalorisation progressive des diplômes universitaires, en particulier dans les sciences humaines, sociales et juridiques.

    La sélection par les prérequis est la meilleure forme d’orientation et de protection des étudiants qui souhaitent poursuivre les études supérieures.

    Deux mesures simples pourraient être envisagées : l’orientation des étudiants à travers les prérequis disciplinaires (les conditions à remplir pour qu’un étudiant soit en mesure de suivre la filière qu’il a choisie) et l’introduction, entre le Bac et le début des études universitaires, d’une année d’orientation, qui serait facultative pour les étudiants disposant des prérequis disciplinaires ou d’une mention au Bac.

    Il faudrait d’autre part appliquer enfin les accords issus du processus de Bologne en ce qui concerne la capitalisation des crédits. La licence en trois ans constitue à la fois une raison de l’échec de masse et un obstacle à la capitalisation des crédits. En permettant aux étudiants de capitaliser à leur rythme les crédits nécessaires, on réduirait l’échec en adaptant la transmission du savoir aux possibilités de chacun. La perception même de l’échec serait ainsi radicalement modifiée. La capitalisation des crédits remplacerait complètement le système actuel de compensation. C’est la réussite aux examens qui doit permettre la capitalisation des crédits et non le contraire.

    Parallèlement, la formation continue des adultes pourrait se faire, prioritairement, dans les universités. Elle permettrait de se déprendre d’une conception rigide des études, qui veut qu’on les accomplisse à plein temps aussitôt après le baccalauréat et que, si l’on échoue, les portes de l’université restent ensuite définitivement fermées.

    Financement et démocratisation des études

    Jusqu’ici, la démocratisation des études supérieures n’a pas été suivie d’une politique de redistribution des efforts. Un système qui, s’inspirant d’un principe d’équité, tiendrait compte de la condition sociale des étudiants, est tout à fait envisageable : une augmentation des droits liée aux revenus des familles et limitée par des règles nationales n’aurait rien de commun avec le système américain, où des droits d’inscription très élevés sont financés par un très lourd endettement, qui fait que la dette étudiante est devenue la deuxième dette américaine.

    Aujourd’hui les droits d’inscriptions (192 €) correspondent à environ 2 % de la dépense moyenne par étudiant (10 000 € environ), alors que dans les autres pays de l’OCDE la moyenne de ces droits s’élève à 14 ou 15 %. Est-il normal qu’en France les familles aisées dont les enfants font des études universitaires ne contribuent quasiment pas au budget des universités ? Le fonctionnement actuel n’a pas, par ailleurs, d’effet redistributif. Il est inéquitable et inefficace. Il ne contribue ni à la démocratisation des études ni au rayonnement de nos universités.

    Or nous sommes tous conscients de la grave crise budgétaire que connaissent nos  universités. Nous sommes tous également conscients du fait que les moyens budgétaires alloués par l’État aux établissements de l’enseignement supérieur risquent de diminuer encore à l’avenir. Dans ces conditions, les universités sont dans l’obligation de trouver d’autres ressources budgétaires qui leur permettent de mener à bien leurs missions fondamentales.

    Il faudrait dès lors envisager des droits d’inscription progressifs, liés aux revenus du foyer parental, avec l’exemption pour des étudiants issus de classes défavorisées. On pourrait introduire quatre taux progressifs de droits d’inscription : 500 €, 1 000 €, 1 500 €, 2 000 € (éventuellement déductibles du revenu imposable des foyers fiscaux). Une telle mesure aurait un double effet : elle renforcerait la détermination des étudiants, qui seraient ainsi davantage conscients des efforts consentis par leurs familles, par conséquent également incités à terminer dans les meilleurs délais leurs études ; elle contribuerait à renflouer de manière importante le budget des universités. On peut estimer que plus d’un milliard d’euros supplémentaires (si l’on prend d’un côté la moyenne des quatre taux, 1 250 €, et d’autre part les étudiants inscrits dans les universités françaises, 1 400 000, moins 300 000 ou 400 000 boursiers) pourraient ainsi abonder les crédits budgétaires de nos universités, ce qui correspondrait à une augmentation d’environ 10 %.

    Un changement de politique sur ce sujet impliquerait que le système d’attribution des bourses soit remis à plat. Des bourses permettant de vivre et de financer les études universitaires doivent être accordées aux étudiants d’origine modeste. Une politique de bourses adaptées au coût de la vie et aux conditions de travail des étudiants défavorisés n’a jamais existé en France. Or la moitié de ce que rapporterait l’augmentation des droits d’inscription pourrait être destinée par les universités à des bourses d’études triennales (Licence) ou biennales (Master) dignes de ce nom (en moyenne mille euros par mois, ce qui permettrait d’accorder 300 000 ou 400 000 bourses). La suppression de l’allocation de logement, qui ne sert en réalité que les intérêts des bailleurs, permettrait également de dégager des ressources supplémentaires pour ces bourses d’étude.

    L’attractivité des universités françaises et la revalorisation du métier

    La renaissance des universités françaises ne se fera que si on les considère non seulement comme des institutions permettant aux diplômés de trouver du travail, mais aussi comme ce qu’elles sont dans leur principe : des lieux d’élaboration et de transmission des connaissances et de formation des jeunes générations.

    Aujourd’hui, les universitaires ne disposent plus du temps libre nécessaire à la recherche. Leur esprit et leurs journées sont occupés par des obligations qu’il faut bien appeler parauniversitaires (administration, évaluation passive et active, accompagnement psychologique des étudiants en souffrance, tutorats, refonte périodique des maquettes didactiques, etc.), qui les empêchent de se consacrer à leur mission d’enseignants-chercheurs. Les moyens mis à leur disposition (bureau, bibliothèques, personnel administratif) ne sont pas à la hauteur du monde moderne. En outre, les dernières dispositions législatives ont multiplié les formes de l’évaluation des universitaires, créant un véritable harcèlement bureaucratique, qui a de surcroît des coûts de plus en plus élevés. Est-ce une gestion efficace de l’argent public ? Est-ce vraiment ce dont l’université et la nation ont besoin ?

    L’un des effets pervers du système en vigueur dans notre pays est sa tendance à sous-estimer l’importance des travaux individuels, en particulier dans les disciplines où ces travaux constituent l’essentiel de la production scientifique. Comme les dossiers d’évaluation sont montés par les unités de recherche, ils visent à valoriser de façon prioritaire les travaux collectifs censés justifier l’existence de l’unité, et minorent corrélativement la place des travaux individuels. Dans les disciplines scientifiques où les publications collectives sont la règle (physique, chimie, biologie, par exemple), un tel système fonctionne à peu près correctement ; mais dans celles où la recherche avance principalement par les travaux individuels (histoire, littérature, philosophie, droit, mathématiques théoriques, etc.), l’effet de déformation est considérable : trop souvent, les dossiers d’évaluation ne rendent pas compte de l’état réel de la recherche dans les unités, faute de donner une place aux travaux individuels quand ces derniers ne rentrent pas dans les orientations définies collectivement. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui en France, l’évaluation ne s’appuie pas sur les productions de recherche : livres, articles, réalisations diverses ; elle ne prend en compte qu’un discours second sur la recherche, à savoir les dossiers produits par les unités de recherche à l’intention des experts. Une telle évaluation, fondée sur une connaissance parcellaire, reste en grande partie aveugle à l’émergence d’objets de recherche nouveaux, aux mobilités disciplinaires et aux prises de risque. Elle est fondamentalement une évaluation de type administratif, qui ne mesure que la qualité du dossier compilé par l’unité. (Voir à ce propos la Note de QSF sur l’évaluation de la recherche : http://www.qsf.fr/2013/01/20/note-de-qsf-sur-levaluation-pour-une-autre-reforme-de-levaluation-de-la-recherche-et-de-lenseignement-superieur/).

    Le temps de la recherche

    La structuration actuelle de la recherche française fait seulement en apparence la part belle aux laboratoires. En réalité ce millefeuille institutionnel de plus en plus complexe ne permet pas de distinguer entre des centres qui ont une mission bien définie et d’autres qui n’existent qu’à l’occasion de l’élaboration de leur programme quadriennal. C’est l’un des effets du rattachement obligatoire des universitaires à un laboratoire. Les conséquences de cette obligation sont multiples :

    a) Projets quinquennaux fondés souvent sur des thématiques scientifiques artificielles, ayant souvent comme seul débouché l’organisation de colloques coûteux et qui stérilisent en partie le vivier de publications des grandes revues scientifiques ;

    b) Évaluation inefficace et très coûteuse des structures collectives qui aboutit à une restructuration continue des unités mal évaluées (avec ou sans notes) ;

    c) Dilution des moyens financiers alloués aux laboratoires, pénalisant ceux qui possèdent des programmes collectifs non liés à des objectifs conjoncturels ;

    d) Institutionnalisation de la recherche et marginalisation des sujets originaux ;

    e) Faiblesse des unités françaises dans les appels à projets internationaux, qui sont destinés à des laboratoires possédant une véritable capacité de gestion et un pôle de coopérations internationales déjà constitué ;

    f) Obstacle à la mobilité scientifique et administrative des universitaires, qui sont souvent obligés d’avoir recours pour leurs doctorants, aussi rattachés à des laboratoires, à des cotutelles artificielles ;

    g) Pénalisation de la recherche individuelle, qui dans un grand nombre de disciplines des humanités est souvent la seule recherche fondamentale.

    Laisser la liberté aux universitaires d’être associés pendant une période variable à un laboratoire, la liberté de créer le cas échéant des groupes de recherches dans des hôtels à projets, autour de projets limités dans le temps (ANR, ERC) correspond en premier lieu à la respiration naturelle de la recherche dans presque toutes les disciplines des sciences humaines et sociales.

    Une telle liberté offrirait également plusieurs avantages concrets :

    a) Elle permettrait de limiter le nombre d’unités (deux ou trois cents laboratoires par rapport au millier actuel) et de renforcer les unités capables de se structurer autour de programmes de longue durée et de relever les défis des appels à projets internationaux ;

    b) Elle libèrerait le chercheur de la contrainte d’adapter sa recherche à des axes prédéterminés, en le poussant à s’investir dans les appels d’offre blancs. Une stratégie de la recherche qui n’intégrerait pas – et qui ne favoriserait pas – des découvertes imprévisibles ou non programmées penserait l’avenir avec les yeux rivés sur le rétroviseur disciplinaire ;

    c) Elle responsabiliserait encore plus l’universitaire, qui ayant choisi de travailler sur des sujets plus personnels, bénéficierait d’une dotation individualisée et pourrait établir un bilan de son activité de recherche.

    Renforcer le rôle des vraies unités permettrait enfin de mieux définir les politiques publiques de la recherche fondamentale.

    « We are here to protect your time »

    C’est avec ces mots que le président d’une de ces universités américaines qui constituent une référence pour nos dirigeants, Stanford, s’est adressé à ses collègues. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer un président d’université française s’adresser à ses pairs en ces termes. Pourtant, sans le temps destiné à la lecture, à l’étude, à la recherche, l’enseignement supérieur n’existe plus ou se transforme en remédiation pour tous.

    Pour ce faire, il faudrait augmenter de manière considérable le nombre de délégations, voire de détachements de longue durée (3-5 ans), ce qui permettrait de créer les conditions d’une véritable modulation du temps de travail et de recherche des universitaires.

    Le CNRS a les moyens pour devenir l’acteur principal de cette renaissance de la recherche universitaire, dont il serait le premier bénéficiaire. Accorder deux mille accueils en délégation au lieu des 600 actuels ne coûterait au CNRS que 0,7 % de son budget et offrirait aux enseignants-chercheurs ce temps de la recherche que les trop rares congés sabbatiques, de plus en plus semestrialisés, ne suffisent pas à garantir.

    Préserver le temps de recherche des enseignants-chercheurs est la condition première pour offrir aux jeunes générations et à la nation une université publique de qualité.

    Protéger ce temps, c’est protéger le bien le plus précieux dont ont besoin tous les universitaires, les enseignants-chercheurs comme les étudiants.

  • « L’avenir des universités parisiennes: Lettre ouverte à l’ensemble des personnels de la Sorbonne Nouvelle », par Nathalie Dauvois, Michel Magnien et Paolo Tortonese

    Date: 13 octobre 2013 | Catégories: Actualités

    Après une année d’accalmie, le débat s’est rallumé à la Sorbonne Nouvelle, autour de l’hypothèse d’une fusion entre les universités qui ont adhéré au PRES Sorbonne Paris Cité. Une note du « Conseil de membres » a mis le feu aux poudres, en donnant pour acquis un projet de création d’une université unique qui remplacerait les quatre actuelles (Paris 3, 5, 7 et 13) alors même qu’elle annonce la transformation du PRES enCommunauté d’établissements, statut juridique défini par la loi du 22 juillet 2013 (Article L718-7) et distinct de la Fusion d’établissements (Article L718-6). Le conseil d’administration de la Sorbonne Nouvelle, de son côté, à précisé le 27 septembre que « le modèle d’organisation » préconisé dans la note du « Conseil de membres » « constitue uniquement une proposition et ne saurait en aucun cas être considéré comme un engagement définitif. »

    Sur ces bases, la discussion semble devoir reproduire celle qu’avait vécue la Sorbonne Nouvelle il y a deux ans, quand son CA l’avait engagée dans la voie d’une fusion rapide, sous la menace d’un manque à gagner dans les financements dits « d’excellence ». Une discussion qui opposait et oppose les novateurs fusionnistes aux conservateursautonomistes, les uns prônant la grande université du futur, les autres attachés aux certitudes du présent. Les uns visionnaires et peut-être trop hardis, les autres conservateurs et peut-être trop pessimistes.

    Nous pensons qu’un tel débat est bien au-dessous des exigences de l’instant et de l’avenir. Il ne s’agit pas seulement du destin d’une institution qui a quarante ans et à laquelle nous sommes attachés. Il s’agit de redessiner le paysage universitaire parisien pour les prochaines décennies. Il s’agit de réexaminer les choix qui ont amené, en 1969, au démembrement de la Sorbonne, et qui ont défini le cadre dans lequel les études universitaires se sont organisées depuis cette date, dotant Paris d’un système très fragmenté, où la plupart des universités comprennent un nombre limité, fort mince parfois, de disciplines. Cette fragmentation peut être à juste titre critiquée, parce qu’elle empêche les échanges interdisciplinaires, nécessaires à la recherche de haut niveau. Lire la suite »

  • Pétition « Réforme de la formation des enseignants et refonte des concours : un projet qui doit être sérieusement remanié ! »

    Date: 31 janvier 2013 | Catégories: Actualités

    Nous attirons votre attention sur la pétition en ligne sur l’adéquation de la réforme de la formation des enseignants dans le cadre de la création des ESPE et de la refonte des concours.

    Plusieurs membres de QSF l’ont déjà signée:

    http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2013N35345

  • Note de QSF sur l’évaluation : Pour une autre réforme de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur

    Date: 20 janvier 2013 | Catégories: Actualités

    À l’occasion de la refonte de la loi LRU par le gouvernement Ayrault, une réflexion s’est engagée sur l’avenir de l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) et sur les formes que pourrait prendre un nouveau dispositif d’évaluation.

    Pour une claire vision des enjeux du débat, quelques remarques préalables s’imposent concernant l’historique de l’évaluation en France et l’origine de l’AERES. On verra seulement par la suite de quelle manière le système d’évaluation aujourd’hui en vigueur pourrait être amélioré.

    D’abord, une évidence : l’évaluation appartient au quotidien du métier de chercheur et d’universitaire. Qu’il s’agisse de proposer un article à une revue scientifique ou un livre à un éditeur, de répondre à un appel d’offre, de demander une prime, un congé sabbatique, une promotion ou une mutation, le monde de l’université et de la recherche est soumis à une évaluation constante par les pairs. Que l’État, qui subventionne la plus grande partie de ces activités, veuille de temps à autre avoir en outre une perspective d’ensemble sur l’utilisation des moyens qu’il met à disposition, il n’y a pas lieu de s’en scandaliser, à l’instar de tel universitaire qu’on se souvient avoir entendu s’écrier en 2012 qu’il avait choisi ce métier précisément pour échapper aux évaluations et aux contrôles.

    Ensuite, il convient de rappeler que, contrairement à la croyance commune, l’AERES n’est pas une création de la LRU, mais lui est antérieure : elle a été fondée à l’extrême fin du gouvernement Villepin en 2007, et c’est uniquement parce qu’elle a commencé de fonctionner au moment de la mise en place de la loi LRU que s’est produite une confusion entre cette loi et la nouvelle agence d’évaluation.

    Enfin, les détracteurs de l’AERES ont souvent tendance à oublier que l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur était déjà pratiquée en France bien avant l’AERES, en particulier par la MSTP (Mission scientifique, technologie et pédagogique) du ministère de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. La création de l’AERES a amélioré de façon considérable l’évaluation à laquelle les universités étaient soumises depuis de nombreuses années : alors qu’auparavant l’évaluation se pratiquait de manière presque occulte, l’AERES a imposé des critères de transparence et une clarté dans les objectifs dont il serait absurde de se plaindre. Des moyens considérables ont été mis à sa disposition : en 2010, 15,4 millions d’euros de budget, 71 emplois administratifs permanents, 108 emplois scientifiques (chercheurs et enseignants-chercheurs) à temps partiel, 4 717 experts sollicités.

    Avant de nous demander si toutes ces ressources sont employées au mieux, reconnaissons malgré tout que cette augmentation des moyens a permis de mettre en place un protocole d’évaluation contraignant et transparent, du moins en théorie, qui a rompu avec les habitudes opaques de la MSTP : le nom des experts est rendu public ; leur nombre est augmenté ; au lieu de se contenter d’un simple examen de dossier, ils visitent l’unité de recherche sur place et rencontrent ses membres ; l’évaluation donne lieu à la production non pas de quelques lignes griffonnées au coin d’un bureau, mais d’un rapport substantiel – même si l’on peut regretter la pratique du « lissage » faite lors des réunions dites de « restitution » – publié sur le site de l’AERES. Les unités de recherche universitaires bénéficient enfin d’un traitement identique à celui auquel n’avaient droit auparavant que les laboratoires d’établissements de recherche tels que le CNRS (UMR, UPR). Quiconque prend au sérieux la recherche menée dans les universités françaises ne peut que s’en féliciter. Lire la suite »

  • Commentaire des 121 propositions présentées les 26 et 27 novembre aux Assises nationales

    Date: 20 décembre 2012 | Catégories: Actualités

    Commentées par Claudio Galderisi, André Guyaux, Paolo Tortonese

    avec la collaboration d’Olivier Beaud

    Les 121 propositions ici commentées ont été organisées par le Comité de pilotage des Assises en trois parties (p. 3, 12 et 18 du présent document).

    Dans la version définitive du Rapport remis par le rapporteur général de Assises, Vincent Berger, au Président de la République, le 17 décembre et présentées au Président de la République, elles sont devenues 135 et sont désormais regroupées en cinq parties : a) Agir pour la réussite des étudiants (1-53) ; b) Donner une nouvelle ambition pour la recherche (54-74) ; c) Redéfinir l’organisation nationale et territoriale de l’enseignement supérieur et de la recherche (75-103) ; d) Mieux reconnaître l’activité des femmes et des hommes (104-132) ; e) Affirmer l’engagement de la France dans l’enseignement supérieur et la recherche (133-135).

    Dans ce rapport définitif, les 135 propositions sont davantage le reflet du travail du comité de pilotage, et plus particulièrement du rapporteur général, qu’un miroir fidèle des auditions de l’ensemble des associations et des universitaires qui ont participé aux Assises. Une partie d’entre elles sont accompagnées d’une « interprétation authentique », qui est pour l’essentiel extraite du discours que M. Berger a prononcé en clôture des Assises, le 27 novembre dernier.

    Les commentaires que propose ici QSF étaient déjà achevés lorsque la version définitive du rapport a été rendue publique. Nous n’avons pas cru opportun de reporter nos commentaires sur ce dernier document, qui avec ses 86 pages offre au lecteur un texte déjà très long. La version qui est ici commentée est celle qui a été présentée lors des ateliers du 26 et 27 novembre dernier. On remarquera qu’elle contient encore quelques scories formelles…

    Dans la version définitive, le comité de pilotage a ajouté une quinzaine de nouvelles propositions. Un seul exemple : la proposition n° 132, introduite dans la section réservée à la parité homme/femme, propose l’abolition des notes (remplacées par des avis motivés), sans qu’il soit précisé s’il agit des notes de l’AERES, d’autres notes non mieux identifiées ou de l’évaluation des étudiants, et sans que l’on sache pourquoi, dans ce dernier cas, cette suppression concernerait la parité et non la réussite des étudiants, de tous les étudiants… Lire la suite »

  • Note de QSF à l’attention du comité de pilotage des assises de l’enseignement supérieur

    Date: 18 septembre 2012 | Catégories: Actualités

     

    Depuis sa fondation en 1982, QSF est favorable à l’accès d’un plus grand nombre de bacheliers à l’enseignement supérieur, considérant que l’augmentation des diplômés de l’enseignement supérieur est un atout appréciable pour la société française. Toutefois, si les universités françaises et tous les acteurs de l’enseignement supérieur doivent être capables de répondre aux nouvelles attentes de la société en matière de formation et d’insertion professionnelle, il est indispensable qu’ils le fassent sans remettre en cause la centralité des savoirs disciplinaires dans l’éducation générale. L’enseignement supérieur et la recherche sont associés dans l’élaboration de ces savoirs. La transmission de ces savoirs forme l’esprit critique des futurs citoyens et contribue à l’évolution et à la maturation des nouvelles générations, et avec elles de la société dans laquelle elles s’intègrent. L’enseignement supérieur doit avoir pour objectif de renforcer ce processus cognitif et de fonder la réussite des étudiants sur des savoirs maîtrisés et vérifiés selon des procédures qui garantissent la qualité et la reconnaissance des diplômes et qui facilitent l’insertion professionnelle des diplômés. C’est sur ces bases que QSF entend prendre position sur les trois thèmes proposés à la réflexion par le ministère.

    I – « La réussite de tous les étudiants »

    QSF recommande de modifier l’intitulé de ce premier point, en considérant qu’il faut mettre au centre de la réflexion sur le système de l’enseignement supérieur la qualité de celui-ci sous tous ses aspects. La réussite aux examens ne constitue pas à elle seule un critère pertinent ; il faut lui associer la qualité de l’enseignement et de la recherche, ainsi que le rapport aux moyens financiers, la qualité de la vie des étudiants, la progression du nombre de diplômés à tous les niveaux du LMD, et la reconnaissance des diplômes. La seule prise en compte de la progression quantitative du nombre de licenciés est donc une tentation qu’il faut combattre. Lire la suite »

  • “La vocation de l’université”: colloque à l’occasion des 30 ans de QSF – le 5 octobre 2012

    Date: 25 juillet 2012 | Catégories: ActualitésCommuniqués

     

     

    La vocation de l’Université

    À l’occasion des 30 ans de Qualité de la science française (QSF)

    5 octobre 2012

    Collège de France, Amphithéâtre Budé Lire la suite »

  • La L.R.U., facteur de développement du « localisme » dans les recrutements universitaires ? par Fabrice Melleray

    Date: 07 juin 2012 | Catégories: Actualités

    Le recrutement local pratique consistant à privilégier systématiquement au moment des recrutements en qualité de maître de conférences ou de professeur des candidats déjà en poste au sein de l’établissement, même dans l’hypothèse où des candidats dits « extérieurs » justifieraient le cas échéant de dossiers scientifiques manifestement plus étoffés, est hélas une pratique ancienne.

    Q.S.F., qui se refuse à accepter ou cautionner cette attitude contraire aux exigences du principe d’égal accès aux emplois publics, considérant que les seuls critères valables sont ceux posés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (qui affirme que la capacité doit primer sans autre distinction que celle des vertus et des talents, art. 6), entend une nouvelle fois alerter les pouvoirs publics et la communauté académique sur ce fléau, qui sape la légitimité des universités et des universitaires, et dénoncer les risques ouverts par la L.R.U. sur ce point.

    Alors même que le législateur avait en 2007 pour ambition revendiquée de remettre en cause le localisme (en remplaçant les commissions de spécialistes par les comités de sélection, composés pour moitié au moins de membres extérieurs à l’établissement), on constate malheureusement que ces pratiques perdurent, voire se développent, et que les juges, qui connaissent mal le monde universitaire, ont adopté des positions qui s’avèrent favorables au localisme. Lire la suite »

  • Trois articles de membres de QSF dans le numéro 50 de la revue ‘Cités’ sur la loi LRU

    Date: 25 mai 2012 | Catégories: Actualités

    La Revue CITÉS publie, dans son dernier numéro (N° 50, 2012, aux PUF), un très intéressant dossier consacré au thème suivant :

    L’autonomie des universités: une faillite? À propos de la loi LRU

    Dans ce dossier figurent trois articles rédigés par des membres de QSF:

    — Paolo Tortonese: « La loi LRU ou la fiction de l’autonomie »

    — Henry Michel Crucis: « Quelles ressources humaines et financières pour les universités? Innover au-delà de la LRU »

    — Olivier Beaud: « La réforme du recrutement ou l’aggravation des tares du système français »

    Cités n°50

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